vendredi 30 octobre 2009

James Ensor, prince des peintres

Ensor aux masques, James Ensor
1899, huile sur toile, 120 x 80 cm

Érudit, avant-gardiste, mystique, écorché vif, incompris mais entêté, libre, caustique et amer James Ensor (1860-1949) a produit une œuvre extraordinaire et éblouissante reconnue tardivement. Le musée d'Orsay consacre au peintre une exposition magistrale composée en quatre thèmes : Une modernité,"Je suis noble par la lumière","Partout la bizarrerie domine", Le peintre aux 112 autoportraits. Les tableaux de James Ensor nous happent littéralement tant l'univers de ce peintre tourmenté est complexe, mouvant, riche et étrange. Suite aux aléas de sa vie, James Ensor s'échappe peu à peu vers le merveilleux, le morbide, le fantastique et la satire faisant apparaître masques et vanités . Ses tableaux, estampes et caricatures nous appâtent pour mieux nous faire rire ou mieux nous effrayer.

"Visions. Les Auréoles du Christ ou les sensibilités de la lumière"
La Triste et Brisée. Satan et les légions fantastiques
tourmentent le Crucifié,

1886, fusain, craie noire et crayon sur papier Japon, 60 x 76 cm.

Le Foudroiement des anges rebelles, 1889, huile sur toile, 108 x 132 cm

Les Masques scandalisés, 1883, huile sur toile, 135 x 112 cm

Alimentation doctrinaire, planche I, deuxième état, 1889,
eau-forte rehaussée de lavis et de craie de couleur
sur papier Japon, 18 x 23,8 cm

Les Mauvais Médecins, 1892, huile sur panneau, 50 x 61 cm

Les Masques singuliers, 1892, huile sur toile, 100 x 80 cm

La Mort et les masques, 1897, huile sur toile, 78,5 x 100cm

Les Cuisiniers dangereux, 1896, huile sur panneau, 38 x 46 cm

critique: Hanté par ses démons
publiée dans le figaro


James (art)Ensor jusqu' au 4 février 2010 au Musée d'Orsay

jeudi 29 octobre 2009

Exposition organisée par Sang Bleu

Clusters: 1—surrounding John Giorno est une exposition commissionnée par Sang Bleu, le fameux magazine sur les tatous et les cultures underground, fétiches, etc. Jeanne-Salomé Rochat a réuni une dizaine d'artistes en leur proposant de faire référence au travail de John Giorno.
Les artistes : Sarah André, Stéphane Devidal, Iris Van Dongen, Antonello Faretta, Gilles Furtwangler, Athene Galiciadis, Simon Haenni, Charlotte Herzig, Thomas Koenig, Alix Lambert, Jelena Martinovic, Emanuel Rossetti, Fuzi Uvtpk, Matthew Hawkins.

Pour ceux qui ne connaissent pas encore Sang Bleu, le magazine est consultable à l'exposition.

jusqu'au 24 novembre
Brachfeld Gallery
78, rue des Archives
75003 Paris

SangBleu.com

Robert Delpire à la MEP

De gauche à doite (assis) Robert Delpire, Sarah Moon, sa compagne, et Martine Franck (debout) Jeanloup Sieff, Jacques-Henri Lartigue et Henri Cartier-Bresson, en 1973.

La Maison Européenne de la photographie célèbre la carrière impressionnante de Robert Delpire à travers une grande exposition rétrospective jusqu'au 24 janvier 2010. Grand passionné d'images, Robert Delpire n'a eu de cesse de découvrir et promouvoir les photographes de son époque à travers ses différents métiers : éditeur, directeur artistique, producteur, commissaire d'expositions, directeur du Centre National de la photographie.

Alors qu'il est encore étudiant en médecine, il se lance dans l'édition à 23 ans et publie la revue NEUF (en 1950) à laquelle il fait participer
Doisneau, Breton, Capa, Picasso, Sartre, et Cartier-Bresson. Puis en 1952, il fonde les éditions Delpire et met en valeur le travail de ses photographes favoris en publiant des monographies : Les Américains de Robert Franck, Tokyo de William Klein, Exils de Joseph Koudelka, Carnets de route de Werner Bishof. Il lance également la collection Maestro et publie Henri Cartier-Bresson Photographe et Etienne-Jules Marey Chronophotographe. En 1955, il publie la revue l'œil dont il assure la direction artistique pendant 8 ans.
Au début des années 60, il crée une agence de publicité dont il est le directeur de création, Delpire & Cie. Il collabore pendant de nombreuses années avec la marque Citroën mais également les marques Cacharel, Habitat, l'Oréal, etc. Parallèlement, il ouvre en 1963 sa galerie, ou il expose les grands noms de la photographie (
Smith, Koudelka, Kühn, Sander, Michals, Bourdin) et de l'illustration (André François, Savignac, Le Foll, Lubalin, Glaser, Blechman).
Par Ailleurs, Robert Delpire est également
producteur de films (Corps profond, de Lalou et Barrère, un classique du court-métrage ; Cassius le Grand et Qui êtes-vous Polly Magoo de William Klein, prix Jean Vigo 1967), il réalise aussi de nombreux films publicitaires et, pour la télévision, un film de 30 minutes sur l'œuvre d'Henri Cartier-Bresson.
Grand amateur d'illustration, il renouvèle la culture de l'édition pour enfant en publiant notamment Max et les Maximonstres de Maurice Sendak en 1967, puis lance les collections
Dix sur dix, Actibom et Multibom. Toujours passionné de photographies, il crée pour le Nouvel Observateur un supplément photos dans les années 70.
En 1982, il est nommé par Jack Lang à la tête d'une nouvelle institution, Le Centre National de la Photographie, pour laquelle il travaillera pendant quinze ans, lancera une collection Photo Poche (enfin des livres sur la photographie accessibles au grand public !) et présentera 150 expositions thématiques ou monographiques. Robert Delpire est dans son élément : l'aide à la création et à la diffusion de la photographie, ce qu'il a toujours fait au sein de sa maison d'édition sans avoir les moyens que lui offre le CNP. Il précise que c'est la plus belle période de sa carrière.

Cette grande exposition rétrospective est à voir. Elle est foisonnante et riche à l'image de la carrière fulgurante de Robert Delpire. Le graphisme des livres et des publicités a un peu vieillit, mais le regard humaniste de cet amoureux de la photographie et de l'illustration n'a pas pris une ride.

Maison Européenne de la Photographie
5/7 rue de Fourcy
75004 Paris
entrée gratuite de 17 à 20h
tous les mercredi

Les éditions Delpire

vendredi 23 octobre 2009

Shirin Neshat, Games of Desire

Shirin Neshat, Games of Desire, 2009.
Encre sur tirage couleur marouflé sur Dibond. 127,3 x 84,7 cm.
© Shirin Neshat. Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont, Paris.

L'exposition Games of Desire de Shirin Neshat présente une série de photographies figurant des villageois Laotiens posant devant les fresques d'un monastère ainsi qu'un film mettant en scène ces mêmes villageois. Ils interprètent le rituel de la parade amoureuse à travers des chants traditionnels. Les chants semblent désuets et bucoliques dans un premier temps, puis deviennent de plus en plus coquins et érotiques.
Ce film est particulièrement touchant. La manière dont ces ancêtres s'animent peu à peu en évoquant leurs amours de jeunesse passés ou impossibles est charmante. Les yeux se mettent à briller, les visages se font de plus en plus souriants et les mains dansent. Une douceur tendre et ingénue émanent de ces êtres. Malgré l'usure de leur vie visible sur leurs visages creusés et ridés, leurs sourires édentés, on s'aperçoit que le désir et l'envie sont restés intacts.

jusqu'au 21 novembre 2009
Galerie Jérôme de Noirmont

36, avenue Matignon
75008 Paris

Patrick Van Caeckenbergh à la galerie Insitu



La Psychopompe - Partie 2
Patrick van Caeckenbergh
2009, bas relief, matériaux divers 205 x 150 x 5 cm
Courtesy In situ Fabienne Leclerc
photographies: Alice Bénusiglio

L'exposition Le Brouhaha (1999-2009) de Patrick van Caeckenbergh s'achève demain à la galerie Insitu/Fabienne Leclerc. J'avais déjà pu apprécier l'univers étrange, surréaliste, fantastique, poétique, pseudo-scientifique, parfois ludique de cet artiste lors d'une belle exposition monographique Les bicoques à la Maison rouge en 2007.
Une fois encore, l'univers singulier de l'artiste m'a beaucoup séduite. Son travail est essentiellement composés d'assemblages, de collages, d'installations proches du cabinet de curiosités ou du décor de théâtre à travers lesquels Van Caeckenbergh développe sa propre mythologie. Passionné de taxinomie, il assemble, il accumule, il colle, il trie, comme dans son œuvre TOUT, sorte d'encyclopédie imaginaire, représentée par des collages sur des cartons qui seront rangés dans une boite en forme d'accordéon. Cette œuvre est symbolique du travail de l'artiste, elle représente la vie comme une grande pièce de théâtre ou chaque petit élément à son rôle à jouer. Le communiqué de l'exposition commençait par «Patrick van Caeckenbergh réfléchit à la place de l'homme dans le monde et travaille sur l'idée qu'il est un animal domestique tendant sans relâche à mettre de l'ordre dans le chaos». On perçoit à travers cette phrase toute l'ironie propre à l'artiste flamand (et aux artistes belges comme Wim Delvoye ou Jan Fabre friands de fantaisies provocatrices dans leurs œuvres également).

Galerie In situ / Fabienne leclerc
6 rue du Pont de Lodi
75006 Paris

mercredi 21 octobre 2009

Joseph Kosuth au Louvre

«Je me tiens devant un mur de pierre du XIIe siècle, le mur de fondation du premier palais du Louvre. Je commence avec le matériau de construction cher à Nietzsche.» Joseph Kosuth

L'exposition 'ni apparence ni illusion' de Joseph Kosuth est un parcours initiatique, poétique et philosophique dans les fossés du Louvre médiéval. On circule en se laissant guider par les phrases qui nous incitent à réfléchir sur la mémoire, le passé, l'empreinte de l'histoire. Les typographies italiques écrites en néons blancs apparaissent comme des messages subliminaux et apportent une dimension nouvelle au lieu, aux murs.
Joseph Kosuth, à travers cette très belle exposition, nous permet d'appréhender différement une partie du Louvre peu connue, et d'apprécier l'art conceptuel.

lundi 19 octobre 2009

Art Nouveau Revival au musée d'Orsay

Aubrey Beardsley, estampe pour le livre Salomé d'Oscar Wilde.

L'exposition Art Nouveau Revival ouvre ses portes au public dès aujourd'hui au musée d'Orsay jusqu'au 4 février 2010. Elle retrace de nouvelles interprétations de l'Art nouveau à travers les Arts Appliqués du XXe siècle.
La première salle présente l'hommage des surréalistes au mouvement avec en pièce phare, une très belle toile de Dali : L'énigme du désir – Ma mère, ma mère, ma mère. D'autres toiles de Clovis Trouille tout à fait amusantes sont également exposées.
La deuxième salle est dédiée au design organique, réunissant une multitude d'objets et meubles d'époques différentes avec un penchant pour les années 60, 70's. Certains meubles érotiques retiennent l'attention et font sourire, ils semblent tout droit sortis du film Orange mécanique. La troisième salle met en évidence le lien entre Psychédélisme et Art nouveau.
La quatrième intitulée c'est la mode! présente une réinterprétation des formes de l'Art nouveau à travers de nombreux objets dérivés. Dans cette salle sont exposés de magnifiques estampes d'Aubrey Beardsley, célèbre dandy illustrateur de la fin du XIXe. Enfin, l'exposition s'achève dans une petite pièce dédiée au Naturalisme. On retiendra les toilettes incroyables en forme de mouche (1966) de François Xavier Lelanne, ainsi que les miroirs d'Yves Saint Laurent.

Cette exposition est originale et présente de l'intérêt. L'Art nouveau y est appréhendé au sens large du terme. Néanmoins, la scénographie manque d'élégance et écrase l'ensemble (ses murs violets fluo, ce n'est pas possible !). Malgré ce bémol, la profusion d'objets et de pièces rares valent le déplacement.

samedi 17 octobre 2009

Exposition VOGUE COVERS

Vogue présente jusqu'à la fin du mois une série de couvertures sur une enfilade de panneaux exposés en plein air en bas de l'avenue des Champs-Elysées. Les choix des couvertures sont discutables. Un sentiment vieillot se dégage de l'ensemble. Néanmoins les couvertures des années 30 sont très belles. Certaines retiennent beaucoup plus l'attention que d'autres. Voici une petite sélection :

Couverture signée Robert Doisneau. Juin 1951.
J'aime beaucoup le voilage du chapeau, on dirait un petit nuage.

L'image du rêve, du luxe, du glamour se confronte à la réalité :
un clochard recroquevillé dans le froid avec comme seul
compagnon son chien.


Photographie signée Steven Meisel, Août 1989.
Linda Evangelista et son look moderne des 90's androgyne à souhait.

Juin 1924, le concours de la plus jolie silhouette. Désuet et mignon.

Deux touristes : photographie de la couverture d'Andy Warhol,
avec la main qui souligne le nom de l'artiste.

La plus spectaculaire, couverture de Dali, Vogue décembre 1971.
Marilyn transformée en Mao.
Un graphisme et une rédaction en chef dite totalitaire réalisés par l'artiste.

David Hockney est invité comme rédacteur en chef de ce numéro de décembre-janvier 1985/1986

La beauté gracile d'Audrey Hepburn, sublime égérie de Givenchy.
Son époux, Mel Ferrer s'incline vers elle.
photographie : Bert Stern, Mai 1963.

Photographie : Richard Rutledge, Novembre 1949.
Regard malicieux, visage blotti dans un col de vison,
petit bouquet de violettes. adorable !

jeudi 15 octobre 2009

Le phénomène Takashi Murakami

L’artiste business man Takashi Murakami, figure incontournable de l’art contemporain, au même titre que Jeff Koons ou Damien Hirst, crée la polémique. Il provoque, il agace, il afflige, il amuse, il divertit, il éblouit mais ne laisse jamais indifférent.
Une exposition plébiscitée : Takashi Murakami Paints Self-Portraits va s’achever à la galerie Emmanuel Perrotin. J’y suis allée quelques jours après le vernissage, il y avait foule. À titre personnel, je suis assez allergique à l’œuvre de cet artiste. L’esthétique aux couleurs criardes, le graphisme incisif parfois simpliste, l’humour graveleux m’indisposent vite dans son travail. Les japonais font souvent preuve d’un grand raffinement, il semble totalement absent chez Murakami.
Pourtant, ce choc esthétique attire et séduit le plus grand nombre, du collectionneur averti comme François Pinault à l’adolescent qui écoute Kanye West. La cote planétaire de l’artiste semble sans limite et le place comme l’un des artistes les plus puissants au monde, ayant su imposer une œuvre radicale et populaire, au style identifiable au premier coup d’œil. Analyse du phénomène.

L’homme d’affaire, le chef d’entreprise
L’artiste est entrepreneur et dirige une société créée en 2001, La Kaikai Kiki Corporation. Celle-ci fait suite à L’Hiropon Factory fondée en 1996. La Kaikai Kiki Corporation est basée à Tokyo et emploie une centaine de personnes à travers le monde dans ses bureaux et studios de création à Tokyo, New York et plus récemment Los Angeles. Cette société de production utilisée par Murakami comme un label, propose divers services mélangeant les genres : art, publicité, animation, marchandising, événementiel.
Takashi Murakami est à la fois artiste, commissaire d’expositions, organisateur de foire (GESAI), agent d’artistes, producteur réalisateur de film d’animation bref un manager sachant tirer des bénéfices de toutes activités, artistique ou non.
Andy Warhol, qu’il cite souvent comme son modèle, avait dit « Making money is art and working is art and good business is the best art ».

Une hyper production contrôlée
Murakami produit entre 30 et 50 œuvres par an. Pour réaliser ses œuvres spectaculaires, l’artiste se fait aider par ses équipes d’assistants. Selon l’article de Fabrice Bousteau paru dans le Beaux-Arts magazine de septembre, la réalisation d’une peinture nécessite la mobilisation de six assistants travaillant 16 heures par jours pendant trois semaines. La conception de la peinture se fait à partir de croquis de l’artiste fignolés sur Illustrator. Puis la succession de calques et couches formant l’image de l’ordinateur sera réalisée en sérigraphies afin de réaliser la peinture. Certaines peintures peuvent être le résultat d’une superposition de plusieurs centaines de sérigraphies. Des équipes de peintres assistants se relaient pendant plusieurs mois pour réaliser la peinture finale, détail par détail. On imagine que pour la réalisation de ses sculptures le processus de création doit être tout aussi long, compliqué et méticuleux.

Une promotion mondiale à travers des collaborations prestigieuses
Marc Jacobs, directeur artistique de Louis Vuitton, repéra le travail de Takashi Murakami lors d’une exposition de la fondation Cartier en 2001 et l’invita à collaborer sur l’image de la marque en 2003. L’artiste a transformé le monogramme en y apposant la gamme de couleurs acidulées et flashy qu’il utilise habituellement dans ses peintures. Il en profite pour réaliser des peintures appelées Superflat Monogram représentant, on l’aura deviné, le monogramme Vuitton revisité.
La collaboration avec la marque Louis Vuitton (l’une des plus puissante du groupe LVMH) est une vitrine internationale fantastique. Elle permet à Murakami d’élargir sa notoriété en touchant le grand public. Les sacs imprimés avec le monogramme revisité ont mélangé deux images de marque : Louis Vuitton et Kaikai Kiki corporation. Le succès commercial fût au rendez-vous et l’artiste continua sa collaboration en réalisant deux clips Superflat Monogram et Superflat First Love ainsi que d’autres sacs en séries limitées.

Fort de ce succès, l’artiste collabore en 2007 avec Kanye West, star internationale du rap, en réalisant la pochette de son disque Graduation ainsi que le clip Good morning. Une fois encore Takashi Murakami jouit d’une visibilité exceptionnelle et s’en sert pour promouvoir son travail d’artiste en réalisant plusieurs sculptures, intitulées Kanye Bear, le personnage qu’il a créé pour la pochette et le clip du rappeur.

Une presse hypnotisée par la réussite commerciale de l’artiste
La presse semble avoir perdu son sens critique vis-à-vis de Takashi Murakami tant elle est obnubilée par les prix renversants de certaines de ses œuvres (15,16 millions de dollars pour la sculpture My Lonesome Cowboy vendue chez Sotheby’s à New York en 2008 et plus récemment à Bâle en juin 2009, 2 millions d’euros pour la sculpture Simple Things).
Elle a coutume de le comparer élogieusement à Andy Warhol.
Warhol a su attirer tous les artistes et stars importants de l’époque, lors de sa fameuse Factory créant ainsi une sorte de fusion des arts. Il a réalisé le magazine novateur Interview et peint le portrait de nombreuses personnalités et célébrités mondiales, de l’homme politique, à l’actrice hollywoodienne en passant par des intellectuels, des artistes, des couturiers, des monarchies. Il est l’emblème du mouvement nommé Pop art. Murakami n’est pas comparable à Warhol même si son œuvre est populaire.

Une esthétique flashy accessible à tous soutenue par une théorie : Superflat
L’œuvre de Murakami est inspirée des mangas et des dessins animés. L’artiste a une théorie : Superflat Japanese Postmodernity. Elle vise à transcender les frontières entre l’art et la culture japonaise d'après-guerre à travers la sous-culture dite « otaku ». L’artiste crée un univers fantastique en inventant sa propre mythologie.
Certaines œuvres ou exposition marquantes :
En 1992, il crée le personnage mr Dob, sorte de Mickey inquiétant aux dents en scie qu’il décline à l’infini sous diverses formes, ballons gonflables, peluches, sculptures, peintures. Ce personnage formé par les lettres qui le composent agit presque comme un logo récurrent dans l’œuvre de l’artiste. Encore aujourd’hui mr Dob est toujours d’actualité dans les tableaux de Murakami.
En 2000, des peintures représentent deux nouveaux personnages : Kaikai un petit monstre blanc aux oreilles de lapin et Kiki petit monstre rose avec trois yeux et oreilles de souris donneront leur nom à la firme de l’artiste.
En 2002 à la fondation Cartier, l’exposition kawaii (mignon en japonais) présente de façon magistrale l’univers fantastique et surréaliste de l’artiste. Celui-ci est peuplé de fleurs souriantes, de champignons atomiques dotés d’yeux étranges, de monstres bizarres. De grandes peintures sont présentées (notamment Tan Tan Bo Puking - a.k.a. Gero Tan, Kawaii - vacances d'été) ainsi que de nombreuses sculptures de champignons. Cette exposition marque et affirme le style de l’artiste.

Reste une question essentielle posée au critique Ben Lewis par Arte.
ARTE : Que veut exprimer Takashi Murakami ?
Ben Lewis : Il prend le contre-pied de l’idée romantique selon laquelle les artistes sont des sortes de gourous spirituels. Murakami remplace l’aura spirituelle de l’art par une aura commerciale. Ce qui compte, c’est le succès et la capacité de production.
Peut-on encore appeler cela de l’art ?
Difficile à dire. A l’avenir, on verra de plus en plus d’œuvres qui sembleront ludiques, car les artistes les voudront de plus en plus simples. Cela est peut-être même positif car l’art deviendra ainsi plus accessible, très coloré, comme un film de Walt Disney.

Ben Lewis résume bien la situation, Murakami est un génie du commerce sans être un artiste de génie. Son aura commerciale n’est plus à démontrer. La qualité de ses œuvres est inégale même si la multiplication de leur prix est constante. Nous verrons ce que l’artiste business man nous réserve pour sa prochaine exposition au château de Versailles.

dessin et texte Alice Bénusiglio

Takashi Murakami sur Arte dans l'émission Art Safari
Murakami by Jeff Howe dans Wired
Galerie Emmanuel Perrotin

mercredi 14 octobre 2009

agenda des expositions

derniers jours

Lili Reynaud-Dewar
Daniel Buren et Alberto Giacometti
jusqu'au 26 juin 2010
Galerie Kamel Mennour

47 rue Saint André des arts
75006 Paris


Gotthard Graubner Malerei / Peinture
du 21 mai au 31 juillet 2010
Galerie Karsten Greve
5, rue Debelleyme
75003 Paris


Peter Zimmermann
Yeondoo Jung

du 15 mai au 30 juillet 2010
Galerie Emmanuel Perrotin
76 rue de Turenne
75003 Paris

Actuellement

Duane Hanson
Le rêve américain
Du 21 avril au 15 août
pavillon Paul Delouvrier
Parc de la Villette

Jean de Maximy
suite inexacte en homologie singulière (1968-2005)
du 12 juin au 26 septembre 2010
La maison rouge
10 boulevard de la bastille
75012 Paris

Quince Quinceañeras
Joaquin Trujillo et Brian Paumier
du 2 au 28 août
Colette
213 rue
Saint-Honoré
75001 Paris

article

Rita Ackermann
Last exit to Poitiers
du 28 mai au 22 août 2010
Le Confort Moderne
185, rue du faubourg du pont-neuf
86000 Poitiers
article


Exposition Wim Delvoye
du 16 avril au 22 août
Le musée Rodin
77 Rue de Varenne
75007 Paris
article


Photographie de la nouvelle Russie, 1991-2010
Anna et Bernhard Blume, SX70 / Polaroïds, 1975-2000
Aki Kuroda, Cosmogarden New York City
Un élève de l'École Cantonale d'Art de Lausanne - ECAL
Holger Trülzsch

du 23 juin au 29 août 2010
La maison européenne de la photographie
5 rue de Fourcy
75004 Paris

Gosse de Peintre, Beat Takeshi Kitano
Du 11 mars au 12 septembre 2010
La fondation Cartier
261 bd Raspail
75014 Paris
article

Yinka Shonibare, MBE
jusqu'au 16 janvier 2011
Villa Sauber
17, avenue Princesse Grace
Monaco
article

Animal
Du 18 mars 2010 à novembre 2011
Musée des Arts décoratifs
107, rue de Rivoli
75001 Paris
article


Histoire idéale de la mode contemporaine vol I (70-80)
Du 1er avril 2010 au 10 octobre 2010
Musée des Arts décoratifs
107, rue de Rivoli
75001 Paris

Prochainement

Jeff Koons
Popeye Sculpture
du 16 septembre au 20 novembre 2010
Galerie Jérôme de Noirmont
36-38 ave de Matignon
75008 Paris

Philippe Pasqua
vernissage le 9 septembre 2010
galerie Laurent Strouk
8bis rue Jacques Callot
75006 Paris

Nouvel espace
inauguration le 11 septembre 2010
galerie Loevenbruck
6 rue Jacques Callot
75006 Paris

Takashi Murakami
du 14 septembre 2010 au 12 décembre 2010
château de Versailles

Group show
with works by John Armleder, Tauba Auerbach, Hernan Bas,
Matthew Day Jackson, Bernard Frize, Mark Grotjahn,
Andrew Guenther, Sergej Jensen, Bharti Kher, Adam McEwen,
Olivier Mosset, Takashi Murakami, R.H. Quaytman,
Claude Rutault, Lee Ufan, Piotr Uklanski, Martin Wohrl ...

du 15 septembre au 30 octobre 2010
Galerie Emmanuel Perrotin
76 rue de Turenne
75003 Paris

mardi 13 octobre 2009

Interview Christophe Le Gac

Éditeur et enseignant à l’école des Beaux-Arts d’Angers, Christophe Le Gac partage sa passion de l’art contemporain et de l’architecture à travers ses deux métiers. Il a fondé sa maison d’édition, Monografik édition en 2006 « par amour des beaux livres et des œuvres d’art » où il publie des ouvrages sur l’art contemporain, l’architecture, la photographie.
Également critique d’art et d’architecture pour art press, il reste attaché à l’écrit et sa liberté de ton en éditant Particules un journal critique sur l’art contemporain.
Le journal est gratuit et distribué dans de nombreuses galeries. Depuis peu, il développe une collection de livres d’art sur la photographie.

Depuis quand es-tu éditeur ? tu as commencé il y a longtemps je crois avec une revue qui s’appelait Parpaing dont tu étais le rédacteur en chef…
J’ai commencé en 1993 au Conseil d’Architecture, d’Urbanisme et de l’Environnement de Seine-Maritime. Alors objecteur de conscience, j’ai conçu et réalisé un ouvrage sur l’architecture bio-climatique. Ensuite, toujours pendant mes études d’architecture, j’ai lancé, avec Alice Laguarda (étudiante également), Visuel(s), revue d’arts. Sous forme associative, nous publions six numéros, de juin 1997 à juillet 2000, sur l’art, l’architecture, le cinéma et la philosophie. Grâce à Jac Fol (enseignant d’esthétique à l’ENA de Rouen), nous avons rencontré Jean-Michel Place en 1999 et avons créé ensemble le journal Parpaings. Pendant quatre ans, trente-quatre numéros ont paru sur l’art, l’architecture et le paysage. Le périodique a été stoppé par Jean-Michel Place en 2002, au moment où il commença à avoir des ennuis financiers. Depuis il a fait faillite. Alors que je mettais en ligne le site archiart , en 2002, avec l’Ecole d’Architecture Quai Malaquais (Paris) ; j’ai rencontré, en 2003, le fondateur de Bookstorming et je lui ai inventé et laissé le magazine Archistorm et la maison d’éditions Archibooks. Enfin, j’ai fondé monografik éditions (distribué et diffusé par le Comptoir des Indépendants) tout en étant enseignant à l’Ecole Supérieur des Beaux-Arts d’Angers et critique d’art et d’architecture chez art press.
Quand et pourquoi as-tu fondé Monografik édition ?
Comme je l'ai dit dans la réponse précédente, j’ai du quitté pour beaucoup de raisons Archistorm et Archibooks fin 2005. Alors, je savais que je devais monter ma structure seule. Monografik éditions démarre avec deux livres sur la photographie contemporaine en avril 2006. Grâce aux soutiens divers et variés, de Philippe Magnani (responsable de la diffusion chez Paris-Musées), Paul Ardenne (directeur de la collection photographie), Julie Rouart (directrice de collection chez Flammarion) et Philippe Chiambaretta (architecte) et le Musée des Beaux-Arts d’ Angers, j’ai pu monté un catalogue avec sept collections (art, architecture, design, photographie, graphisme, écrits, extra) solliciter et recevoir les demandes des artistes, des architectes, des galeries, des centres d’art, des FRAC, des fondations, des musées… L’idée est de me constituer une collection de livres d’art et d’éditer par critères esthétiques avant tout. Même si je dois les vendre.
Comment choisis-tu les artistes, photographes, auteurs avec lesquels tu réalises des livres ?
Deux scénarios se présentent régulièrement. Un : une institution publique ou privée, un artiste, un architecte… m’appelle. Nous parlons de son projet sous un angle éditoriale et économique. Evidemment je n’accepte que les projets dont le travail me fascine. Deux : à l’occasion d’une exposition ou de tous autres événements (vernissage, visite d’exposition, colloque, etc), je parle du plaisir que j’aurai à faire un livre avec un artiste ou sur une exposition, un bâtiment, une réflexion. Soit c’est d’actualité ou pour plus tard. Depuis maintenant plus de trois ans, plus d’une quarantaine d’organismes et de créateurs ont collaboré avec monografik éditions.
Quelles sont les principales institutions culturelles avec lesquelles tu collabores ?
Le Centre Pompidou, le Musée des Beaux-Arts d’Angers, le Plateau, le FRAC Aquitaine, le FRAC Pays de la Loire, la Ville de La Rochelle, l’Etat français (cultures France, ambassade, CNAP…), le Royaume de Belgique, la Villa Arson, la Foncière des Régions…
Que penses-tu de la presse dans le domaine de l’art ?
Vaste question. La presse est un élément indissociable du milieu de l’art. Au même titre que le marché de l’art et les lieux de diffusion, la presse spécialisée permet de valider ou pas les intentions des artistes. Les critiques sont des spectateurs professionnels au même titre que les collectionneurs. Comme dans tout milieu, il y en a pour tout le monde. Du plus grand public (Beaux-Arts magazine), au plus pointu (Particules), en passant par la revue la plus respectable (art press).
Parle-moi de Particules et de son rédacteur en chef, Gaël Charbau.
Gaël Charbau, Particules… Lors d’un workshop à l’Ecole Supérieure d’Art et de Design de Reims, voisin de l’artiste Damien Deroubaix, ce dernier me disait : « Particules est suspendu depuis un an, son rédacteur en chef, cherchait à le relancer ». Un mois plus tard, Gaël et moi, nous nous sommes rencontrés et il m’a parlé de la fondation de Particules. Après l’arrêt de Parpaings, il lui semblait obligatoire qu’un support radical, exigeant et sous forme de journal soit disponible. Vu la situation en kiosques, le faire gratuit était la seule solution pour être lu au maximum. Logiquement monografik éditions a relancé le journal de réflexions sur l’art actuel Particules. Je ne suis pas toujours d’accord avec tout le contenu mais je ne suis pas du genre comme beaucoup d’autres éditeurs à faire de l’ingérence dans les rédactions. De toute façon, l’association avec Gaël est nette et définitive. Il gère le contenu et la forme. Je gère le financement et la valorisation.

Propos recueillis par Alice Bénusiglio en juin 2009.

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Les blogueuses à la mode

Géraldine Dormoy, journaliste à l'express style, anime café mode, avec comme mot d'ordre l'œil aux aguets d'une parisienne (presque) à la page. Cette passionnée de mode expose son point de vue personnel sur le milieu, ses coups de cœur. Elle couvre les défilés l'appareil en bandoulière en traquant les street looks. Elle capte effectivement (presque) tout.

Garance Doré, illustratrice et excellente photographe.
Son blog est convivial, agréable, chic mais pas snob. Le ton est intime. Elle nous emmène dans les coulisses de la mode et même dans la chambre d'Anna Dello Russo au Ritz pour une séance d'essayage. La qualité des photographies illustrant les articles est épatante. Un regard humain, pointu et captivant sur le monde aristocratique de la mode. quel talent.


mercredi 7 octobre 2009

Le Figaro et Villemessant vu par Benoît Lenoble


Entre l’esprit et la satire : Le Figaro de Villemessant

« Ce que j’avais voulu faire en fondant le Figaro, c’était créer un journal nouveau, essentiellement parisien, bien vivant, dans lequel serait accueilli toute nouvelle, toute polémique propre à lui infuser le mouvement qui manquait aux autres ». Telle était l’inspiration d’Hippolyte de Villemessant quand, le 2 avril 1854, il lança ce périodique répondant au doux nom du personnage de Beaumarchais et qui n’a cessé depuis de paraître.

L’inventeur du marketing de presse

Le Figaro de Villemessant a cependant peu de choses à voir avec celui d’aujourd’hui. En matière de journalisme, sa ligne de conduite visait à faire, pour chaque édition, un « crâne numéro », c’est-à-dire un journal qui étonne et frappe son public. Pas un Figaro sans une surprise, une information sensationnelle ou une formidable révélation ! Le tout avec esprit, légèreté et bon goût parisien. Un fait ordinaire qui se passe sur les Grands Boulevards a beaucoup plus d’importance qu’un évènement considérable en Europe, en Amérique ou en Asie. Ainsi sélectionnée et écrite par les meilleurs rédacteurs du moment, l’actualité du Figaro plaisait à la bonne société, aristocratique et bourgeoise, du Second Empire, que Villemessant avait conquise grâce à plusieurs moyens publicitaires et commerciaux. Convaincu que le plus difficile était de faire connaître et d’imposer immédiatement son journal auprès des élites, il fit distribuer, dans les cafés, cercles, hôtels, restaurants, jusqu’aux bains et chez les dentistes, des bulletins d’engagement peu ordinaires. Les souscripteurs s’abonnaient pour un an au Figaro et ne payaient leur service qu’en fin d’année. Sans risque pour les abonnés, la combinaison plut énormément et fut plus efficace, d’après Villemessant, que l’envoi gratuit des premiers numéros. D’autres procédés, innovants ou performants, furent mobilisés, comme celui des primes qui consistait à offrir des petits cadeaux contre l’achat ou l’abonnement au périodique. Afin d’asseoir le grand frère du Figaro, L’Evènement, durant l’hiver 1866, Villemessant adressa à tout nouvel abonné, dans une corbeille de carton enjolivée, une douzaine de mandarines, fruits alors rares et chers.

Le patron de presse du beau monde

L’offre fit grand bruit et marqua les mémoires, tout comme les somptueux repas d’artistes et d’écrivains du Figaro. Le directeur de ce dernier avait compris l’intérêt, pour lui et sa publication, d’organiser sa communication et des opérations de relations publiques. La haute société, qui n’était pas bien grande, aimait à se rassembler et s’exposer. Dans une période d’essor de la presse, quoi de mieux qu’un journal pour faire parler de soi ? Jouant sur les qualités de médiation et de médiatisation du Figaro, Villemessant fonda en 1857 une Société d’encouragement pour l’amélioration de l’esprit français et convoqua les talents littéraires et artistiques à de splendides dîners. Les paroles échangées et le récit de ces réceptions étaient publiés le lendemain. Les convives s’exhibaient, les lecteurs jubilaient, le journal se vendait et s’appréciait. La notoriété mondaine de la publication ainsi se confirma. La mise en scène se déplaça des élites culturelles aux fondateur et journalistes du Figaro qui s’affichèrent dans l’espace imprimé. Quand un abonné de province, à la fin de l’année 1869, se plaint d’une distribution irrégulière des éditions à son domicile et menace de porter plainte, la rédaction ironise dans ses articles sur ce lecteur mécontent, s’érige en tribunal fictif et prononce la suppression du service d’abonnement. Un rédacteur incognito rend visite à ce lecteur et rapporte avec humour sa déprime, ses regrets de ne plus faire partie du cercle des abonnés du Figaro. De cette manière est promue une relation étroite entre le périodique et son lectorat, ainsi qu’une image forte et valorisante des journalistes.

Un créateur du journalisme moderne

Tout en élaborant cette culture autopromotionnelle de la presse, Villemessant imagina également des évènements journalistiques. Menacé de suppression pour avoir contrevenu à la législation en matière de presse, Le Figaro publie, dans son édition du 23 mars 1856 en première page, une pétition de demande de grâce, adressée au prince impérial et héritier de Louis Napoléon III, tout juste âgé de sept jours. La démarche amusa l’empereur qui leva les sanctions contre la publication. Peu après le décès de la tragédienne Mlle Rachel le 5 février 1858, Le Figaro tire un numéro entier, avec supplément, consacré à la pensionnaire de la Comédie-Française. Il fut accusé de sensiblerie et d’inconvenance par ses concurrents choqués par un tel déballage autour de la disparition d’une personnalité publique. Cela n’arrêta pas Villemessant qui mis, dès lors, l’accent sur l’actualité dans son périodique. Il encouragea des formes originales d’écriture journalistiques, qui firent florès à terme dans l’ensemble de la presse et détrônèrent doucement la chronique et l’article de fond, écrits dominants dans le journalisme de cette époque. La nouvelle précise et courte deviendra plus tard la dépêche, l’opinion sur les pièces de théâtre la critique théâtrale, la description de la vie et du domicile de célébrités le petit reportage, la publicité rédactionnelle le publireportage. Commença ainsi à se développer, dans les contenus et la culture journalistiques, l’information récente, véridique ou totalement fictive. En effet, Le Figaro aime jouer avec l’actualité, déformer les nouvelles, inventer quelques bobards. Il atteint des sommets dans ses grands coups de fantaisie et de bluff, comme dans ce numéro du 26 octobre 1869 érigé en journal officiel et annonçant un coup d’Etat par le pouvoir même. Les libertés sont rendues par l’empereur, un gouvernement loufoque est nommé et la France, d’Etat-nation, est transformé en une compagnie industrielle et commerciale coté en bourse !

Villemessant, la presse et la politique

L’édition fit sensation et plût à sa majesté l’empereur. Jusqu’au milieu des années 1870 durant lesquelles Le Figaro se mua en quotidien sage, sérieux et de qualité, parce que bousculé par des journaux à bon marché qui firent dans l’évènement de bas étage et le sensationnel populaire, Villemessant exploita la satire et la provocation, les bons mots et le jeu des petites flèches pour amuser les lecteurs et tracasser l’adversaire. Rabaissant ses confrères de la presse populaire, Le Figaro du 28 décembre 1865 qualifie Le Petit Journal de « gazette à un sou qui publie des nouvelles de Balzac en coupant sans façon les quatre premières et les trois dernières pages que l’ami Millaud [le directeur du quotidien] a jugées superflues et qui manquaient d’intérêt pour son public d’élite » et signale le recrutement d’un « interprète spécialement chargé d’aller chez les abonnés pour traduire en français les premiers-Paris de [l’éditorialiste] Timothée Trimm ». Dans son numéro du 3 mars 1875, il raille l’ancien chef de gouvernement : « Comme notre métier est de savoir ce qui se passe partout, nous savons ce qui se passe même chez M. Thiers, où cependant on ne nous aime pas ». Ce journalisme et cette parole firent à la fois beaucoup de bien et de mal. Beaucoup de bien pour le public dans la mesure où, la presse étant encadrée par une législation contraignante, muselée par les censeurs et sanctionnée systématiquement par la justice, Le Figaro de Villemessant constituait une fenêtre journalistique ouverte, colorée et divertissante, dont la lumière amenuisait les obscurités sociales et politiques de son temps. Beaucoup de mal pour l’empire louis napoléonien car le quotidien, agissant comme un poil à gratter corrosif, affronta les autorités et se moqua du pouvoir jusqu’aux limites les plus extrêmes, concrétisant avec fidélité sa devise : « Loué par ceux-ci, blâmé par ceux-là, me moquant des sots, bravant les méchants, je me hâte de rire de tout de peur d’être obligé d’en pleurer » (Beaumarchais).

Benoît Lenoble

mon génie favori Alexander Mc QUEEN

J'ai découvert et aimé la mode dès l'âge de quatorze ou quinze ans grâce à deux créateurs, Alexander Mc Queen et Hussein Chalayan fraichement sortis de la très fameuse école Londonienne la Central Saint Martins (abreuvant la mode de la plupart de ses génies, le dernier en date Gareth Pugh). Aujourd'hui encore, je reste éblouie par le travail d'Alexander Mc Queen dont la virtuosité semble inégalable (sauf peut être chez John Galliano).

No comment. Voyez par vous même. Les mots sont superflus pour décrire ce type de show.

http://alexandermcqueenlive.showstudio.com/

article de Virginie Mouzat sur le figaro.com

samedi 3 octobre 2009

Haider Ackermann : l'élégant discret








Il y a des temps forts pendant la semaine des défilés que l’on ne veut pas rater. Le défilé du créateur Haider Ackermann en fait partie.

D’Haider Ackermann, on ne sait pas grand chose tant il est discret.
Pas d’interview. Pas d’article sur lui (ou si peu). Quand on tape sur Google son nom on trouve un petit article sur wikipédia :
«Haider Ackermann (né en Colombie en 1971) est un couturier créateur basé à Anvers. Après trois années d’études à l'Académie royale des beaux-arts d’Anvers et cinq mois de stage chez John Galliano, il travaille comme assistant pour un de ses professeurs, le créateur belge Wim Neels. Les années suivantes, il travaille pour différentes marques, notamment Bernhard Willhelm et Patrick Van Ommeslaeghe. En 2002 il crée sa propre marque et présente sa première collection en mars 2002 à Paris. Les coupes de ses créations sont souvent asymétriques et cousues de matières différentes, résolument modernes et urbaines.»
Il y avait un petit portrait de lui sur Vogue.com et même celui-ci a disparu, à l’image du salut furtif du créateur à la fin de ses défilés.

Pour la présentation de sa collection printemps été 2010, intitulée Un passage en Inde, le gratin de la mode s’est déplacé avec notamment en front row les rédactrices en chef de Vogue, Carine Roitfeld et toute étincelante en doré, la spectaculaire Anna Dello Russo du Vogue Japon.
La salle est plongée dans le noir, une lumière vive illumine les modèles marchant à pas lents, la tête haute comme des déesses planant au ralenti. Un mix musical accompagne le tout, comme une sorte de grand battement de cœur électronique très lent et finit par un air d’opéra. La palette de couleurs est composée de gris, safran, bleu nuit et noir. Les silhouettes sont très sophistiquées tout en paressant naturelles. Les tissus s’enroulent, se plissent autour du cou et des hanches comme une évidence. Les épaules et le dos se dénudent. Le cuir se mélange à la soie. La femme est sublimée, sensuelle sans être sexy. On pourrait attribuer à Haider Ackermann tant il respecte le corps de la femme cette phrase de Saint Laurent : « Rien n'est plus beau qu'un corps nu. Le plus beau vêtement qui puisse habiller une femme ce sont les bras de l'homme qu'elle aime. Mais, pour celles qui n'ont pas eu la chance de trouver ce bonheur, je suis là. »

Haider Ackermann sur STYLE.COM